dimanche 8 décembre 2013

Les limites des dividendes croissants

Aujourd'hui, un article un peu à contre courant...

Je vous ais régulièrement parlé de l’intérêt d’investir dans des actions offrant un dividende croissant, plutôt que de viser tout de suite un très haut rendement.

C’est de plus en plus la stratégie que je développe avec mon PEA. Et c'est dans ce cadre que s’inscrivent les derniers titres qui sont venus diversifier mon portefeuille d’actions : Edenred, Axa, Eutelsat Communication, Rubis

Des rendements initiaux de 3,5% à 5%, inférieurs à ma cible finale de 6%, mais qui doivent croitre année après année.
Si on considère donc un prix d’achat des actions fixé et un dividende croissant, on se retrouve par conséquent automatiquement avec un rendement des actions détenues qui va monter.

En tant qu’investisseur, c’est bien sûr la situation idéale, mais qu’y a-t-il derrière ? Comment ça se traduit concrètement pour l’entreprise ? 

Je pense qu'il est aussi très important que bien comprendre ce que ça implique pour les entreprises...


Que signifie une hausse de dividende pour une entreprise ?

Je fais faire l’impasse ici sur le cas où une société augmente son dividende en augmentant son ratio de distribution, en clair, en augmentant son pourcentage de bénéfices redistribué aux actionnaires. Ca ne marche qu’un temps et ce n’est en général pas bon signe.

Pour un ratio de distribution donné, si une entreprise veut pouvoir augmenter son dividende, il faut qu’elle fasse plus de bénéfices. Qu’elle soit plus rentable, plus profitable, année après année… Un vrai challenge, une véritable pression sur les sociétés...


Comment accroitre ses bénéfices ?


Il y a évidemment le cas idéal: plus de ventes, plus de chiffre d’affaire donc, en conservant la même marge. Naturellement ça signifie plus de bénéfices.

Mais dans un contexte économique difficile, sur des marchés très concurrentiels, c'est rarement aussi simple…

Parfois, on constate un chiffre d’affaire en hausse, plus de ventes, oui mais avec en parallèle une pression sur les prix, la marge est donc réduite.

Dans ce cas de figure, pour retrouver une bonne marge et pouvoir distribuer plus de bénéfices aux actionnaires, il faut par exemple réduire les coûts de production.

Et puis il y a le cas où les ventes sont stables, où il n’y a pas de croissance, et là évidemment, le seul moyen de générer plus de bénéfices est de réduire les dépenses.


Les dépenses d'une entreprise

Les dépenses dans une entreprise c’est d’abord toutes les charges variables qui impactent les coûts de production : les matières premières, les employés de production, l’énergie…

Mais c’est aussi tous les frais fixes, qui sont là, quelque soit le volume de ventes, et qu’il faut absorber : le personnel administratif, commercial, les frais de recherche et développement, etc…

Au final, plus de bénéfices à distribuer aux actionnaires, peut souvent se résumer à plus de pression sociale : une organisation du travail plus productive, une pression sur les fournisseurs de manière à qu’ils baissent leurs prix (une façon de délocaliser la pression sociale, sur les personnes, chez les autres…), ou tout simplement des réductions de personnel, des plans sociaux.

Et ce qui peut parfois (souvent ?) expliquer pourquoi des entreprises licencient alors qu'elles font des bénéfices....oui pas pas assez, ou bien en baisse. Bref de façon générale, pas assez profitable !


Soutenir cette course à la profitabilité ?   

D'une certaine manière, je contribue un peu au problème. En effet, j'espère que mes dividendes vont croitre, que les sociétés dans lesquelles j'ai investi vont continuer à faire des bénéfices, beaucoup de bénéfices...

Mais je crois qu'à un moment donné il est bon de connaitre les conséquences possibles.

Pour peut-être investir plus intelligemment, plus humainement...ne pas seulement s'arréter au chiffres mais aussi penser aux personnes qui sont derrière.

Est-ce que je dois sanctionner une entreprise en vendant mes actions dès qu'un dividende sera annoncé à la baisse, voir en stagnation sur plusieurs années ? Pas automatiquement.

Le comble est qu'il est tout à fait imaginable que je me fasse un jour virer à cause de ce système ! Mon centre de R&D pourrait être considéré comme trop couteux, pas assez rentable pour le groupe et pourrait très bien être fermé. 

Sauf que ce jour là, ce sera un peu moins grave parce que j'aurai déjà avancé un peu sur mon chemin de l'indépendance financière. J'aurai notamment créé un portefeuille d'actions me rapportant un revenu passif annuel non négligeable qui absorbera un peu l'absence d'un revenu salarié !

Mais ce faisant, j'aurai contribué à la perte de mon boulot ;-)

Un vrai dilemme quand on y pense...un bon sujet de philo non ?

En tant que simple salarié, on peut penser que l'on subira toujours... alors au lieu de se plaindre de cette situation qui n'est pas prête de changer,  pourquoi ne pas en profiter ? en achetant des actions d'autres entreprises que l'on souhaite très profitables...
Pensez vous que l'on peut changer le système ?


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6 commentaires:

Marc a dit…

Salut Olivier,

Le système est bien rodé mais j'ai l'impression qu'il va arriver en bout de course si un ras le bol général s'installe.

En attendant au lieu de le subir sans rien faire, je pense qu'il vaut mieux rentrer dedans pour essayer de laisser le moins de plumes possible mais tout en restant étique et en n'investissant pas dans des entreprises qui ont une politique sociale douteuse.

A bientôt,
Marc.

Arnaud a dit…

Bonjour Olivier,

Une piste de réflexion intéressante, mais un peu noire.

Une société doit toujours avoir pour ambition de croître et de ne pas se satisfaire de ce qu'elle a.

Un entrepreneur qui tient les rênes de son entreprise souhaite qu'elle progresse que son travail soit reconnu et que la société se porte bien pour continuer à embaucher à se développer.

Dans le cadre des dividendes croissants, les sociétés cherchent à croître et à toujours se développer, nous sommes pas sur des sociétés matures.
Ces sociétés si elles sont bien gérées peuvent être amenées à augmenter le ratio de distribution ponctuellement, en cas de difficultés, pour "remercier" les investisseurs de leur fidélité.

D'autres sociétés en croissance font le pari d'investir dans leur avenir et peuvent être amenées à baisser ou à maintenir le dividende. Dans ce cas, il est intéressant de suivre le cour de bourse de ses sociétés sur le long terme.

Je ne suis pas aussi noir que toi et je préfère investir mon argent dans des sociétés que laisser l'argent stagner sur des livrets stériles.

Bonne journée,

Arnaud

Julien Del Rio a dit…

Ce qui m'énerve avec les objectifs des actionnaires c'est d'attendre seulement l'amélioration de leurs dividendes.

Arnaud a raison, une société doit toujours être en croissance, mais pas forcément les revenus de ses actionnaires.

La croissance par le chiffre d'affaire à bénéfice constant est un objectif suffisant. Dans ce cas là, le surplus de marge est réinjecté dans l'entreprise et pas dans les actionnaires qui ne participent pas à cette croissance de façon active.

Olivier a dit…

@Arnaud, comme je l’ai dit, moi aussi je vais continuer à investir en bourse. Mais soyons lucide, une société qui plait aux actionnaires n’est pas qu’une question de bonne gestion et d’envie de se développer. Beaucoup d’entreprises proposant des dividendes croissant sont des sociétés très matures, pas uniquement de jeunes sociétés en pleine croissance : Coca cola, Air liquide, Sanofi… Prenons Sanofi : des bénéfices très important dont une part qui disparaitra à court terme en raison de pertes de brevets. Du coup, il faut réorganiser… et on ferme des centres de R&D en France. Idem dans ma boite, le chiffre d’affaire va être record cette année, mais les bénéfices vont stagner…et malheureusement l’actionnariat est essentiellement composé de fonds de pension américain (les retraités), qui eux tiennent absolument à voir leurs dividendes croitre. Du coup, on va travailler dans les mois à venir à améliorer significativement la profitabilité…et certains business vont réduire leurs effectifs. Je ne pense pas être noir, mais réaliste. Et aussi assez résigné sur cette situation qui perdurera. Et du coup, je prends aussi ma part du gâteau…

@Julien, oui d’accord avec toi, après en théorie, tous les bénéfices d’une société appartiennent aux actionnaires et ce sont eux qui décident leur répartition…

Gwen a dit…

Tu peux aussi prendre des actions de ta boite. Dans ce cas, que considères-tu le pluspesant : une augmentation de ta motivation qui servira à augmenter les dividendes ou un suicide par le fait de t'auto-pousser vers la sortie?

Anonyme a dit…

On peux aussi évoquer les entreprises qui arrangent leurs résultats comptables , qui empruntent pour continuer d'assurer le versement d'un dividende important.

Pourquoi ce type de stratégie ?

Afin de rendre l'action attractive en terme de dividende et booster le cours de l'action.

La bourse est devenue un grand casino aujourd'hui , les actions de bons pères de famille , les investissements de plusieurs années ont été remplacé par des robots informatiques qui jouent sur les cours d'action par des ordres d'achat ou de vente puis des contres ordres afin de modifier la valeur des actions.

Les produits dérivés pariant sur la baisse ou la hausse des cours à terme contribue à cette manipulation.

A part quelques actions solides et versant un bon dividende comme Total mais dont l'impact écologique est très discutable , la bourse est un univers ou je ne mettrais jamais les pieds.

Etre petit au pays des requins est trop dangereux

Regardez le film "Le sucre" avec Depardieu et Picolli , il date un peu mais l'essentiel est là.

Philippe

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